# Masques et gants : protections indispensables au cabinet dentaire

Dans l’univers exigeant de l’odontologie moderne, la sécurité constitue le fondement même de la pratique quotidienne. Chaque intervention génère des aérosols chargés de particules biologiques, chaque geste expose le praticien et son équipe à des risques de contamination croisée. Les équipements de protection individuelle ne sont donc pas de simples accessoires, mais des barrières vitales entre les dangers invisibles et la santé de tous. Face à l’évolution constante des protocoles sanitaires et des exigences réglementaires, comprendre les spécificités techniques de ces dispositifs médicaux devient une nécessité absolue pour tout cabinet dentaire souhaitant garantir un environnement sûr et conforme.

Réglementation des équipements de protection individuelle selon la directive 93/42/CEE et les normes EN

Le cadre réglementaire européen encadrant les dispositifs médicaux de protection repose sur la directive 93/42/CEE, qui définit les exigences essentielles de sécurité et de performance. Cette directive classe les équipements selon leur niveau de risque, imposant des procédures de certification proportionnelles. Les masques chirurgicaux et gants d’examen entrent dans la catégorie des dispositifs médicaux de classe I, tandis que les gants chirurgicaux stériles relèvent de la classe IIa, nécessitant une intervention plus stricte d’un organisme notifié.

Depuis mai 2021, le règlement européen 2017/745 relatif aux dispositifs médicaux (MDR) a remplacé progressivement l’ancienne directive, renforçant considérablement les exigences de traçabilité et de surveillance post-commercialisation. Pour vous, praticien dentaire, cela signifie que chaque équipement porte désormais un identifiant unique (UDI) permettant une traçabilité complète de la fabrication à l’utilisation finale. Cette évolution répond aux préoccupations croissantes concernant la qualité des dispositifs importés et garantit un niveau de sécurité optimal.

Les normes EN harmonisées constituent le référentiel technique précisant les méthodes d’essai et les critères de performance. La norme EN 14683 pour les masques chirurgicaux et la norme EN 149 pour les appareils de protection respiratoire FFP définissent les protocoles d’évaluation rigoureux auxquels doivent se soumettre les fabricants. Au cabinet dentaire, vous devez systématiquement vérifier la présence du marquage CE accompagné de la référence normative sur chaque emballage, attestant ainsi de la conformité du produit.

La conformité réglementaire n’est pas une contrainte administrative mais une garantie tangible que les équipements portés quotidiennement répondent à des exigences de protection validées scientifiquement.

Typologie et caractéristiques techniques des masques chirurgicaux et FFP pour l’odontologie

Le choix du masque approprié dépend directement de la nature des actes pratiqués et du niveau d’exposition aux bioaérosols générés. Cette décision ne doit jamais être guidée uniquement par le confort ou le coût, mais par une évaluation rigoureuse des risques encourus lors de chaque procédure clinique.

Masques chirurgicaux de type I, II et IIR : filtration bactérienne et résistance aux éclaboussures

Les masques chirurgicaux se déclinent en trois types selon la norme EN 14683, offrant des niveaux de protection croissants. Le masque de type I, avec une efficacité de filtration bactérienne (BFE) minimale de 95%, convient

aux actes à faible risque de projection, comme certains examens cliniques simples. En revanche, au cabinet dentaire, les interventions génèrent fréquemment des aérosols et des éclaboussures, ce qui rend le type II (BFE ≥ 98%) et surtout le type IIR (BFE ≥ 98% et résistance aux projections de 16 kPa) bien plus adaptés. Les masques de type IIR intègrent une couche imperméable capable de stopper les micro-gouttelettes projetées à haute vitesse lors de l’utilisation de turbines, détartreurs ultrasoniques ou pièces à main.

Concrètement, pour la majorité des soins au fauteuil, un masque chirurgical de type II ou IIR doit être considéré comme le minimum requis. Le type I peut éventuellement être réservé aux usages non cliniques (accueil, tâches administratives dans les zones non exposées). Pour optimiser la protection, veillez à un ajustement correct au visage, à l’absence de fuites latérales marquées et au respect strict de la durée de port recommandée, généralement limitée à 3–4 heures ou dès qu’il est humide. Un masque mouillé perd en effet une part significative de sa capacité de filtration et devient comparable à une “éponge” plutôt qu’à un filtre.

Respirateurs FFP2 et FFP3 : protection contre les aérosols et bioaérosols dentaires

Lorsque le risque d’exposition aux bioaérosols est particulièrement élevé, les masques chirurgicaux atteignent leurs limites. C’est le cas des actes de chirurgie buccale complexes, de l’implantologie, du surfaçage radiculaire étendu ou encore des soins sur patients suspects ou confirmés d’infection respiratoire. Dans ces situations, les respirateurs FFP2 et FFP3 constituent la référence en matière de protection respiratoire au cabinet dentaire.

Conformes à la norme EN 149, les appareils FFP2 offrent une efficacité de filtration d’au moins 94% des particules de 0,6 µm, tandis que les FFP3 montent à 99%. Contrairement aux masques chirurgicaux destinés avant tout à protéger l’entourage, les FFP sont conçus pour protéger le porteur en créant une véritable étanchéité autour du nez et de la bouche. Leur structure filtrante multi-couches capture non seulement les bactéries et virus véhiculés par les gouttelettes respiratoires, mais aussi les fines particules générées par le polissage et la préparation des dents.

Pour que cette haute performance théorique se traduise en protection réelle, il est essentiel de choisir une taille adaptée et de vérifier l’ajustement par un test d’étanchéité (fit-check) à chaque mise en place. Un respirateur FFP mal ajusté, avec un jour au niveau de l’arête nasale ou des joues, agit comme une fenêtre ouverte dans un mur isolé : le filtre central est performant, mais l’air contaminé contourne directement la barrière. Vous pouvez intégrer ces respirateurs dans un protocole gradué, en les réservant aux actes longs et générateurs d’aérosols fins, tout en continuant d’utiliser des masques chirurgicaux pour les soins courants à moindre risque.

Normes EN 14683 et EN 149 : critères de conformité et performances minimales requises

La norme EN 14683 encadre les masques chirurgicaux et définit plusieurs paramètres clés : l’efficacité de filtration bactérienne (BFE), la pression différentielle (ΔP) reflétant la respirabilité, la propreté microbienne et, pour le type IIR, la résistance aux projections. Ainsi, un masque de type II ou IIR doit afficher un BFE ≥ 98%, tandis que sa respirabilité doit rester compatible avec un port prolongé au fauteuil. Un ΔP trop élevé rend la respiration pénible, augmente la condensation et favorise les fuites latérales.

La norme EN 149 concerne les appareils de protection respiratoire filtrants (FFP1, FFP2, FFP3). Elle fixe des exigences strictes sur la pénétration des filtres, la fuite totale vers l’intérieur, la résistance respiratoire et la robustesse mécanique. Les tests incluent notamment l’exposition à des aérosols de chlorure de sodium et d’huile de paraffine, simulant des particules de tailles variées. En pratique, vous devez vérifier non seulement la mention FFP2 ou FFP3, mais aussi la présence du marquage CE suivi du numéro à quatre chiffres de l’organisme notifié, gage que les essais ont été réalisés dans un laboratoire accrédité.

Pour un cabinet dentaire, se référer systématiquement à ces normes permet de trier rapidement les produits conformes des offres douteuses. Méfiez-vous des masques arborant un marquage approximatif, des mentions incomplètes ou l’absence de référence normative précise. À l’ère des importations massives et des contrefaçons, la norme devient votre “boussole” : sans elle, il est impossible d’évaluer objectivement la protection offerte par un masque présenté comme “chirurgical” ou “FFP2”.

Masques avec visière intégrée et écrans faciaux pour procédures à risque accru

Au-delà de la protection respiratoire, les soins dentaires exposent très directement la région oculaire et l’ensemble du visage aux éclaboussures. Pour les procédures à haut risque – préparations prothétiques, chirurgie implantaire, dépose d’amalgames, utilisation prolongée de turbines – le recours à des masques avec visière intégrée ou à des écrans faciaux complets est fortement recommandé. Ces dispositifs ajoutent une barrière mécanique transparente protégeant les yeux, la conjonctive et la peau péribuccale.

Les écrans faciaux se déclinent en modèles réutilisables ou à usage unique, parfois combinés à des lunettes de protection enveloppantes. Ils doivent offrir une bonne résistance aux chocs, une qualité optique satisfaisante (pour éviter la fatigue visuelle) et une conception limitant la formation de buée. Un écran facial de qualité, correctement positionné, agit comme un pare-brise devant votre visage : il intercepte la majorité des projections avant même qu’elles n’atteignent le masque ou la peau, prolongeant ainsi l’efficacité des EPI sous-jacents.

Dans la pratique, vous pouvez adopter une approche graduée : lunettes de protection pour les actes courants, visière ou écran facial complet pour les soins les plus invasifs ou lorsque le patient présente une toux active. Gardez à l’esprit que ces dispositifs ne remplacent pas le masque respiratoire, mais le complètent. Ils participent aussi à la perception de sécurité par les patients, qui voient concrètement les efforts déployés pour limiter les risques d’infection au sein du cabinet.

Gants d’examen et gants chirurgicaux : matériaux et propriétés pour l’exercice dentaire

Les gants constituent la seconde barrière essentielle, après le masque, dans la prévention des contaminations croisées au cabinet dentaire. En contact direct avec la cavité buccale, les fluides biologiques et les instruments, ils doivent concilier protection, sensibilité tactile et confort. Leur choix ne peut se résumer à une simple question de taille ou de prix : matériau, norme, stérilité et résistance aux perforations sont autant de paramètres à maîtriser.

Gants en latex naturel, nitrile et vinyle : résistance aux perforations et biocompatibilité

Historiquement, le latex naturel a longtemps été le matériau de référence pour les gants médicaux, grâce à son excellente élasticité, sa finesse et sa sensibilité tactile. En odontologie, ces qualités se traduisent par une grande précision des gestes, essentielle lors des préparations fines, de l’endodontie ou de la chirurgie buccale. Toutefois, le latex présente un inconvénient majeur : le risque d’allergies, tant chez les soignants que chez les patients, lié aux protéines naturelles du caoutchouc.

Les gants en nitrile, exempts de latex, se sont imposés comme une alternative hautement performante. Leur résistance à la perforation est en général supérieure à celle du latex, ce qui constitue un atout lors de la manipulation d’instruments tranchants et de fils d’ostéosynthèse. Biocompatibles et disponibles en version non poudrée, ils réduisent sensiblement le risque de réactions allergiques. Leur élasticité, initialement inférieure à celle du latex, s’est nettement améliorée avec les dernières générations de nitrile “soft”.

Les gants en vinyle, quant à eux, offrent une solution économique, mais au prix d’une résistance mécanique plus faible et d’un ajustement moins précis. Ils peuvent convenir pour des gestes non invasifs ou des tâches de nettoyage hors présence du patient, mais ne devraient pas être privilégiés pour les soins cliniques exigeants. Pour un cabinet dentaire engagé dans une démarche qualité, l’association nitrile/latex (en tenant compte des allergies) reste la plus cohérente pour garantir à la fois sécurité et confort opératoire.

Normes EN 455 et ASTM D3578 : tests d’étanchéité et niveaux de qualité acceptables

La norme européenne EN 455 encadre les gants médicaux à usage unique. Elle se décline en plusieurs parties couvrant l’absence de trous (tests d’étanchéité par contrôle AQL), les propriétés physiques (résistance à la traction, allongement), la biocompatibilité (évaluation des risques d’irritation ou de sensibilisation) et la détermination de la durée de conservation. Un AQL (Acceptable Quality Level) de 1,5 est généralement exigé pour les gants médicaux, ce qui signifie qu’au maximum 1,5% des gants d’un lot peuvent présenter des défauts d’étanchéité lors des tests.

La norme américaine ASTM D3578 définit des exigences similaires pour les gants d’examen en latex, notamment en termes d’épaisseur, de résistance à la rupture et de dimensionnement. Même si elle n’est pas obligatoire en Europe, elle constitue un indicateur supplémentaire pour évaluer des produits importés. En pratique, vous devez vérifier sur l’emballage la mention de la norme EN 455, l’indication de l’AQL et, pour les gants utilisés comme EPI contre les produits chimiques ou les agents biologiques, la référence à la norme EN ISO 374.

Se fier à ces normes permet d’éviter l’usage de gants de qualité médiocre, trop fins, susceptibles de se déchirer au moment le plus critique. Un gant perforé durant une chirurgie buccale expose immédiatement le praticien au sang et aux sécrétions. En ce sens, la conformité normative n’est pas un simple détail technique : elle conditionne directement le niveau de sécurité de chaque acte, même le plus routinier.

Gants stériles versus non stériles : indications selon les actes de chirurgie buccale

Au cabinet dentaire, la majorité des soins courants (détartrage, restaurations, endodontie, empreintes) peut être réalisée avec des gants d’examen non stériles, pourvu que les protocoles d’hygiène des mains et de désinfection du champ opératoire soient strictement respectés. Ces gants, conformes à la norme EN 455, assurent une barrière suffisante contre les micro-organismes dans le cadre de procédures non invasives ou peu invasives.

En revanche, les gants chirurgicaux stériles s’imposent dès lors que l’on réalise des actes de chirurgie buccale franchissant la barrière muqueuse : extractions complexes, avulsions de dents incluses, chirurgies pré-implantaires, pose d’implants, greffes osseuses ou gingivales. Stérilisés selon des procédures validées (par exemple ISO 11135 pour la stérilisation à l’oxyde d’éthylène), ils sont conditionnés par paire, anatomiques (main droite/main gauche) et offrent une meilleure ergonomie que les gants ambidextres.

Utiliser des gants stériles pour chaque acte chirurgical n’est pas qu’une exigence réglementaire : c’est une composante majeure de la prévention des infections du site opératoire. Leur surface contrôlée, leur fabrication sans poudre et leur conditionnement stérile réduisent significativement la charge microbienne introduite au niveau de la plaie. Couplés à un champ opératoire adapté et à une désinfection minutieuse, ils constituent un élément clé de l’asepsie chirurgicale en odontologie.

Allergies au latex et alternatives hypoallergéniques en cabinet dentaire

Les allergènes du latex naturel peuvent déclencher des réactions allant de la simple irritation cutanée à l’urticaire généralisée, voire à l’anaphylaxie. Ces réactions peuvent survenir chez le praticien, l’assistante, mais aussi chez certains patients, en particulier ceux déjà sensibilisés par des expositions répétées (personnels de santé, patients polyopérés, atopiques). Dans un cabinet dentaire, ignorer ce risque reviendrait à laisser une “zone aveugle” dans votre stratégie de prévention des risques professionnels.

Pour limiter ces complications, plusieurs mesures sont recommandées : privilégier des gants en nitrile ou dans d’autres matériaux synthétiques (néoprène, polyisoprène), sélectionner des gants sans poudre, car la poudre facilite la diffusion des protéines allergènes dans l’air, et interroger systématiquement les nouveaux patients sur d’éventuels antécédents d’allergie au latex. Lorsque le latex reste utilisé, optez pour des gants à faible teneur en protéines, clairement identifiée sur l’emballage.

Mettre en place un protocole écrit de gestion des allergies, avec une conduite à tenir en cas de réaction aiguë, participe à la sécurisation de votre pratique. Vous démontrez ainsi à votre équipe et à vos patients que la qualité de l’environnement de soins est prise en compte dans toutes ses dimensions, y compris celles parfois moins visibles comme l’allergologie.

Protocoles de double gantage lors des extractions complexes et implantologie

Pour les interventions à haut risque de contamination et d’exposition aux tissus profonds – extractions complexes, chirurgies implanto-portées, résections apicales, comblements osseux – le double gantage est de plus en plus recommandé. Cette pratique consiste à porter deux paires de gants superposées, la paire externe pouvant être remplacée en cours d’intervention si elle est souillée ou suspectée perforée, tout en conservant une barrière interne intacte.

Des études en chirurgie générale ont montré que le double gantage réduit significativement le taux de perforation des gants au contact de l’opérateur. Transposé à l’odontologie, cela signifie une diminution du risque de contact sanguin en cas de piqûre ou coupure per-opératoire. Pour conserver une bonne sensibilité tactile, il est conseillé d’utiliser une première paire ajustée puis une seconde légèrement plus grande, éventuellement de couleur différente pour détecter visuellement toute perforation (apparition de la couleur interne).

Intégrer le double gantage dans vos protocoles pour les chirurgies longues ou techniquement exigeantes est un investissement minime en temps et en coût, mais potentiellement majeur en termes de sécurité. Il s’agit d’un exemple concret où l’adaptation des pratiques issues du bloc opératoire hospitalier au cabinet dentaire renforce de façon très pragmatique la prévention des risques biologiques.

Procédures de port et de retrait des EPI selon les précautions standard SFHH

Porter des masques et des gants adaptés ne suffit pas : encore faut-il les mettre et les retirer selon une séquence rigoureuse. Les recommandations de la SFHH (Société Française d’Hygiène Hospitalière), désormais SF2H, rappellent que la majorité des contaminations liées aux EPI survient lors du déshabillage, lorsque les surfaces externes contaminées sont manipulées à proximité du visage et des muqueuses. Maîtriser ces gestes est donc aussi stratégique que de choisir un masque FFP2 ou un gant en nitrile de qualité.

Séquence d’habillage et technique de déshabillage pour éviter la contamination croisée

L’habillage doit suivre un ordre logique, du plus propre au plus exposé : d’abord l’hygiène des mains (friction hydro-alcoolique), puis la mise en place de la surblouse ou de la tenue de protection, ensuite le masque (chirurgical ou FFP), les lunettes ou l’écran facial, et enfin les gants. En terminant par les gants, vous évitez de contaminer le masque ou la visière lors de leur ajustement. Chaque étape doit être réalisée calmement, avant l’entrée en salle de soins, idéalement dans une zone dédiée.

Le déshabillage suit l’ordre inverse, en prenant soin de considérer chaque surface externe comme potentiellement contaminée. On commence par retirer les gants en les retournant sur eux-mêmes sans toucher la peau, puis l’hygiène des mains est répétée. Viennent ensuite la visière ou les lunettes, la surblouse (en la retournant du côté propre vers l’extérieur) et enfin le masque, saisi uniquement par les attaches. Une dernière friction hydro-alcoolique clôt la séquence, avant de quitter la zone de soins.

En pratique, visualiser chaque EPI comme un “contenant” de micro-organismes après les soins vous aide à adopter les bons gestes pour ne pas ramener ces contaminants vers votre visage ou vos vêtements.

Durée de port recommandée et fréquence de changement entre patients

Un masque chirurgical de type II ou IIR ne doit pas être porté toute la journée sans interruption. Les recommandations habituelles préconisent une durée de port maximale de 3 à 4 heures, avec remplacement immédiat en cas d’humidification, de souillure visible ou de retrait temporaire. En odontologie, où les générosités en aérosols sont fréquentes, il est souvent nécessaire de changer de masque plus régulièrement, parfois entre deux actes successifs si l’exposition précédente a été importante.

Les respirateurs FFP2 ou FFP3, quant à eux, peuvent être portés pour une durée plus longue, généralement la durée d’une vacation, à condition de ne pas être retirés ni manipulés de manière répétée. Toutefois, dans un contexte de soins générant des éclaboussures, il est judicieux de les associer à un masque chirurgical ou à un écran facial pour limiter la contamination externe et prolonger leur efficacité. Les gants d’examen, eux, doivent impérativement être changés entre chaque patient et dès qu’ils sont perforés, déchirés ou visiblement souillés.

Adopter une politique claire de changement des EPI, connue de toute l’équipe, évite les compromis liés à la pression du temps ou au souci d’économie. Gardez en tête qu’un masque saturé ou un gant usé n’est plus un EPI, mais un simple accessoire sans réelle valeur protectrice.

Zones de stockage et élimination des EPI contaminés selon le décret DASRI

Les EPI usagés au cabinet dentaire – masques, gants, surblouses, champs de soins – sont considérés comme des déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI) dès lors qu’ils sont souillés par du sang, de la salive ou d’autres fluides biologiques. Le décret relatif aux DASRI impose leur collecte dans des contenants spécifiques, étanches, à usage unique, fermés définitivement avant enlèvement par un prestataire agréé. Disposer de ces conteneurs à proximité immédiate des salles de soins réduit les manipulations inutiles.

Les zones de stockage temporaire des DASRI doivent être clairement identifiées, ventilées et non accessibles au public. Les EPI non souillés (par exemple certains masques portés uniquement en zone d’accueil) peuvent suivre la filière des ordures ménagères, mais il est souvent plus cohérent, dans un contexte d’exposition fréquente aux bioaérosols, de les intégrer à la filière DASRI par principe de précaution. Le respect strict de ces règles protège non seulement votre équipe, mais aussi les personnels chargés de la collecte et du traitement des déchets.

Du côté du stockage des EPI propres, privilégiez un local sec, à l’abri des projections, loin des postes de stérilisation et des zones d’aérosols. Un conditionnement intact, non exposé à la lumière directe ni à l’humidité, garantit que les performances annoncées par le fabricant seront maintenues jusqu’à la date de péremption. En d’autres termes, un masque correctement stocké conserve son “capital de protection” jusqu’au jour de son utilisation.

Gestion des stocks et traçabilité des dispositifs médicaux de protection au cabinet

Une gestion rigoureuse des stocks de masques et de gants est devenue incontournable depuis les tensions d’approvisionnement observées lors de la crise sanitaire. Pour éviter les ruptures tout en limitant les pertes liées aux péremptions, il est recommandé de mettre en place un système de suivi structuré : registre, tableau de bord ou logiciel de gestion dédié. Chaque référence (type de masque, taille de gant, marque) doit être associée à un stock minimal et maximal, définis en fonction de votre volume d’activité.

Le principe du FIFO (First In, First Out) doit guider l’utilisation quotidienne : les boîtes les plus anciennes sont consommées en premier, afin d’éviter de se retrouver avec des lots périmés au fond d’un placard. Dans la même logique, notez systématiquement la date de réception et la date de péremption sur la face visible des cartons. Vous pouvez également identifier un membre de l’équipe comme “référent EPI”, chargé de contrôler chaque semaine les niveaux de stock et d’anticiper les commandes.

La traçabilité, renforcée par le règlement européen 2017/745 avec l’introduction de l’UDI, vous permet de relier chaque lot de masques ou de gants à un fournisseur précis, un numéro de lot et une date d’utilisation. En cas d’alerte sanitaire ou de rappel produit, cette information devient cruciale pour identifier les patients potentiellement concernés et adapter vos pratiques. Conserver les bons de livraison et les fiches techniques dans un dossier dédié (physique ou numérique) fait partie intégrante de cette traçabilité.

Enfin, diversifier raisonnablement vos sources d’approvisionnement peut sécuriser votre activité en cas de pénurie chez un fournisseur. L’essentiel est de rester fidèle à des partenaires fiables, capables de fournir des produits certifiés (CE, EN 14683, EN 149, EN 455) et une documentation complète. Un EPI moins cher mais mal documenté ou de provenance incertaine peut, à terme, coûter bien plus cher en termes de risques et d’image pour votre cabinet.

Formation du personnel soignant aux bonnes pratiques d’utilisation des masques et gants

Les meilleurs masques et gants perdent une grande partie de leur intérêt s’ils sont mal utilisés. C’est pourquoi la formation continue du personnel aux bonnes pratiques d’hygiène et d’utilisation des EPI est un investissement stratégique. Assistantes dentaires, hygiénistes, stagiaires, voire personnels administratifs travaillant à proximité des zones cliniques doivent connaître les principes de base : quand porter quel type de masque, comment choisir la taille de gants, comment réaliser une friction hydro-alcoolique efficace.

Des sessions courtes, mais régulières (par exemple une à deux fois par an), permettent de rappeler les protocoles, d’intégrer les nouvelles recommandations scientifiques et de corriger les mauvaises habitudes qui s’installent parfois avec le temps. Vous pouvez vous appuyer sur des supports visuels (affiches, fiches mémo), des démonstrations pratiques d’habillage/déshabillage et des mises en situation simulées (gestion d’un patient à risque infectieux élevé, rupture de stock, etc.). Ces exercices renforcent les réflexes et installent une culture de sécurité partagée par toute l’équipe.

Impliquer vos collaborateurs dans l’élaboration ou la mise à jour des protocoles renforce leur adhésion : en co-construisant les procédures de port de masques et de gants, chacun comprend mieux le “pourquoi” derrière chaque consigne. Vous pouvez également intégrer un volet pédagogique pour les patients, en expliquant brièvement les mesures mises en œuvre lors de leur installation au fauteuil. Cette transparence contribue à instaurer un climat de confiance et à valoriser le professionnalisme de votre cabinet.

En définitive, masques et gants ne sont pas seulement des consommables parmi d’autres : ils sont au cœur de la stratégie de prévention des infections en odontologie. En les sélectionnant selon les normes, en les utilisant selon les précautions standard SFHH et en formant régulièrement votre équipe, vous faites de ces protections individuelles de véritables alliées au service de la sécurité des soins et de la sérénité de vos patients comme de vos collaborateurs.